Le financement des startups en Afrique francophone franchit une nouvelle étape. En juin 2026, Proparco, la filiale du groupe AFD dédiée au secteur privé, a confirmé son rôle d’investisseur d’ancrage dans EmergingTech Ventures II, un fonds de capital-risque de 60 M$ pouvant être porté à 80 M$.
Ce fonds cible le Maroc, la Tunisie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, aux stades pré-série A et série A. Pour les fondateurs de la région, c’est une source de financement supplémentaire, à une étape où beaucoup d’entreprises restent bloquées. Décryptage.
EmergingTech Ventures II : les caractéristiques du fonds
| Élément | Détail |
|---|---|
| Taille visée | 60 M$, extensible à 80 M$ |
| Société de gestion | EmTech Capital (Maroc) |
| Investisseur d’ancrage | Proparco, via le fonds FISEA du groupe AFD |
| Pays ciblés | Maroc, Tunisie, Sénégal, Côte d’Ivoire |
| Stades | Pré-série A et série A |
| Secteurs | Deeptech, fintech, services numériques, santé, éducation, agritech, cleantech |
Le premier fonds d’EmTech Capital avait levé 22 M$, principalement investis au Maroc. Ce second véhicule change d’échelle et élargit son terrain de jeu à l’Afrique de l’Ouest francophone.
Dès avril 2025, lors du salon GITEX Africa, l’IFC (groupe Banque mondiale) et Proparco avaient annoncé un engagement conjoint de 40 M$ en faveur de ce fonds. Il avait alors été présenté comme la première opération de capital-risque réalisée dans le nouveau cadre juridique marocain.
Pourquoi les startups en Afrique francophone restent sous-financées
Depuis plusieurs années, l’essentiel des montants levés par les startups africaines se concentre sur quelques marchés anglophones. Les startups en Afrique francophone accèdent plus difficilement au capital-risque, pour plusieurs raisons :
- Des marchés plus fragmentés, avec des tailles de marché nationales plus réduites ;
- Moins de fonds locaux spécialisés dans les premiers tours ;
- Un écosystème d’investisseurs providentiels encore en construction ;
- Des barrières de langue et de réseau vis-à-vis des investisseurs internationaux.
L’arrivée de fonds régionaux soutenus par des institutions de développement contribue à combler ce déficit, en particulier entre l’amorçage et la série A.
Le rôle des institutions de financement du développement
Proparco, l’IFC, la Banque africaine de développement ou la BOAD investissent rarement en direct dans de jeunes startups. Leur rôle est plutôt d’agir comme investisseurs d’ancrage dans des fonds, ou de soutenir des banques et des institutions financières locales.
Ce modèle a un effet d’entraînement : la présence d’un investisseur institutionnel rassure d’autres souscripteurs privés et permet au fonds d’atteindre sa taille cible. Pour un entrepreneur, il est donc utile de connaître ces acteurs, même s’ils ne seront pas ses interlocuteurs directs.
Ce que cela change pour les fondateurs
Pour les startups en Afrique francophone qui préparent une série A, ce type de fonds offre une option de plus. Mais un fonds de capital-risque reste exigeant. Il attend :
- une traction mesurable : chiffre d’affaires, croissance, rétention des clients ;
- un marché régional, et pas seulement national ;
- une équipe complète, capable de recruter et de structurer l’entreprise ;
- une société correctement structurée : statuts, pacte d’associés, gouvernance, comptes fiables ;
- un plan d’utilisation des fonds clair et chiffré.
Comment se préparer à une levée de fonds
Structurer l’entreprise
Beaucoup de levées échouent pour des raisons juridiques ou comptables. Vérifiez que la répartition du capital est claire, que la propriété intellectuelle appartient bien à la société et que vos comptes sont certifiés ou au moins tenus avec rigueur.
Préparer les documents clés
Un dossier d’investissement solide comprend une présentation (pitch deck), un modèle financier sur trois à cinq ans, un plan d’affaires et une salle de données organisée.
Combiner fonds propres et financements non dilutifs
Subventions, concours et prêts d’honneur permettent d’allonger la trésorerie et d’arriver en série A avec de meilleurs indicateurs. Notre guide sur le financement des startups en Afrique francophone présente toutes ces sources.
Les autres leviers de financement à connaître
Le capital-risque n’est qu’une partie de la réponse. Pour les startups en Afrique francophone, plusieurs autres leviers peuvent être mobilisés avant ou en parallèle d’une série A :
- Les subventions et fonds d’innovation, comme le Fonds d’innovation pour le développement (FID), pour tester une innovation à fort impact ;
- Les programmes d’accélération, qui apportent un accompagnement, un réseau et parfois un premier financement ;
- Les initiatives du groupe AFD, comme Choose Africa et Digital Africa, dédiées aux startups et aux PME du continent ;
- Les dispositifs nationaux d’appui à l’entrepreneuriat, qui varient selon les pays ;
- Le crédit bancaire garanti, pour financer le besoin en fonds de roulement et les équipements.
Combiner ces sources permet d’arriver devant un fonds comme EmergingTech Ventures II avec une entreprise plus mature, des indicateurs plus solides et une meilleure valorisation.
Ce qu’il faut retenir
L’engagement de Proparco dans EmergingTech Ventures II illustre une tendance de fond : les institutions de développement misent sur des fonds régionaux pour financer les startups en Afrique francophone. Pour les fondateurs, l’enjeu est désormais d’être prêts : structure juridique solide, traction démontrée et vision régionale.
FAQ : startups en Afrique francophone
Quels pays cible le fonds EmergingTech Ventures II ?
Le Maroc, la Tunisie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
À quel stade le fonds investit-il ?
Aux stades pré-série A et série A, c’est-à-dire après l’amorçage, lorsque l’entreprise a démontré une première traction.
Proparco investit-il directement dans les startups ?
Rarement. Proparco intervient surtout comme investisseur dans des fonds et des institutions financières, qui financent ensuite les entreprises.
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Sources : TechAfrica News, 12 juin 2026 ; Afrique IT News, avril 2025.
